10 - MAYA, LA GRANDE ENCHANTERESSE

 

MAYA, LA GRANDE ENCHANTERESSE

L’ignorance ou mâyâ que l’on appelle aussi l’Indifférencié (avyakta), c’est le Pouvoir même du seigneur.

Elle existe de toute éternité ;

Les trois gunas la constitue ;

En tant que Cause première, elle est supérieure à tous les effets.

C’est Elle qui a projeté tout l’univers.

 

On ne peut dire d’Elle ni qu’Elle existe, ni qu’Elle n’existe pas, ni qu’elle participe, à la fois, de l’existence et de la non-existence ;

Elle n’est ni homogène, ni hétérogène, ni l’un et l’autre à la fois ;

Elle n’est pas composée de parties ;

Elle ne constitue pas un tout indivisible, et Elle n’est pas, à la fois, l’un et l’autre.

Mâyâ, la grande Merveille, échappe à toute description !

 

C’est en réalisant le pur Brahman, l’Un sans second, que l’on parvient à détruire mâyâ.

C’est en reconnaissant qu’il n’y a ici qu’un morceau de corde que l’on peut dissiper l’idée illusoire d’un serpent.

 

Le rajas a comme caractéristique son pouvoir de projection (viksepa-çakti) ;

Ce pouvoir, essentiellement dynamique, est la source primordiale d’où découle toute manifestation d’énergie.

C’est encore de ce même pouvoir que proviennent toutes les modifications du mental telles que l’attachement ou la souffrance…

Le rajas est donc la cause de notre asservissement.

 

Le pouvoir d’obnubilation (âvriti-çakti) appartient au tamas.

Il  fait paraître les choses autres que ce qu’elles sont réellement.

Il est, lui aussi, la cause de nos réincarnations.

Et il met en branle le pouvoir de projection (viksepa-çakti).

 

Si sages et si instruits que les hommes puissent être ;

Alors même qu’ils possèdent une claire intelligence, et qu’ils essaient, depuis longtemps déjà, de découvrir en eux le très subtil âtman,

Un moment vient où, à leur tour, ils deviennent la proie du tamas.

En dépit des explications qui leur ont été prodiguées sous des formes multiples, ils en arrivent à ne plus comprendre ce qu’est l’âtman ;

Ils considèrent comme réelles les surimpositions de l’Ignorance ;

Et c’est aux effets de l’illusion qu’ils s’attachent !

Rien ne saurait résister au pouvoir d’obnubilation.

Que le tamas est redoutable !

Alors, le jugement correct est absent ou la raison s’exerce à faux.

Alors, toute conviction chancelle, et le doute triomphe.

Voilà le partage assuré de qui accepte un rapport quelconque avec le pouvoir d’obnubilation.

Et, par surcroît, le pouvoir de projection suscite en lui, au même moment, des souffrances incessamment renouvelées.

 L’homme qui subit cette sujétion ne comprend plus rien :

 - Engourdi de sommeil, il a l’inertie d’une souche ou d’une borne.

 

Le pur sattva a la transparence de l’eau vive et, cependant, s’il entre en contact avec le rajas ou le tamas, il concourt, lui aussi, à la transmigration.

 La réalité de l’âtman se reflète dans le sattva.

Et c’est à la lumière de ce soleil intérieur que l’univers, sous son aspect grossier, apparaît à nos regards.

Les caractéristiques du pur sattva sont :

 - Le contentement intérieur, la réalisation du Soi, la suprême sérénité, le bienheureux rassasiement, la félicité, l’inaltérable dévotion pour l’âtman.

C’est grâce à ces vertus que l’aspirant jouit du bonheur qui ne passe pas.


Le corps et les organes ;

L’énergie vitale (prâna) sous ses différents aspects ;

Le mental (manas) ;

Le sens du moi (aham-kâra), les fonctions, les objets des sens, le plaisir et la souffrance ;

Les éléments grossiers tels que l’éther, en bref, l’univers tout entier y compris l’Indifférencié, tout enfin est le non-Soi.

 

Depuis l’Intelligence cosmique (Mahat) jusqu’au corps grossier, le monde n’est qu’un effet de mâyâ.

Cet effet et mâyâ elle-même constituent à eux d’eux, le non-Soi ;

Ils ne sont, l’un et l’autre, pas moins illusoires qu’un mirage qui apparaît dans la sables du désert.


OM BHUR BHUVAH SVAH   TAT SAVITUR VARENYAM

BHARGO DEVASYA DHIMAHI  DHIYO YO PRACODAYAT

RIG VEDA 3.62.10

 


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